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Cagoulards et cagoulés

Le vocabulaire médiatico politique utilisé pour décrire ou proscrire les manifestations récentes est identique à celui que j’ai lu au cours des années 30 et 40. Je vous livre ce que ce rapprochement m’inspire après un bref moment d’histoire personnelle.

Pour mon petit Noël de 1933, mon grand-père m’a offert le journal le Matin de Paris, pour me récompenser d’avoir appris à lire deux ans avant d’entrer à l’école. Je lai dévoré, avec le drame de l’accident ferroviaire de Lagny – 300 morts – et un entrefilet, signalé par mon père, sur un escroc arrêté après avoir corrompu des ministres.

Le 6 février 34, devenu fidèle lecteur, à 5 ans,  j’ai été scotché sur les émeutes de la veille, qui avaient ensanglanté Paris – 30 morts – après l’occupation de la place de la Concorde par les anciens combattants des Croix-de-Feu. L’affaire était reliée au suicide de l’escroc, le fameux Stavisky , mort le 6 janvier 34 dans des conditions qui ont éclaboussé la République. Selon  le Canard enchaîné, il avait le bras tellement long qu’il avait réussi à se suicider en se tirant une balle à une distance de 3 m. Scandale !

Ces deux événements de 1934 ont servi de socle à mes réflexions et actions ultérieures sur la finance, la politique, et les liens que les escrocs réussissent toujours  à lier entre elles. J’ajouterai que l’histoire à reconnu une place déterminante à cette journée du 6 février 1934 dans la vie des Français, fait chuter le ministère en place, et vu apparaitre  les mouvements fascisant, dont les Cagoulards, présents jusqu’au départ des Allemands.

Enfant puis ado, j’ai vécu avec eux, au propre et au figuré, dans une famille divisée, jusqu’à ce que ma mise au travail, en 1944, me donne l’occupation dont le citoyen avait été débarrassé. À 70 ans de distance, je vous propose de comparer les Cagoulards dans la barbarie de la guerre et les cagoulés agités qui sont mélangés avec leurs potes du sit in  dans le désordre libertaire qui se moque de l’état d’urgence.

Les uns et les autres se battent sur le même champ de bataille,  la lutte des classes.

 

Le camp des Cagoulards fut national, celui des cagoulés est international. L’objectif de 1934 était la subversion par la force, la manifestation de la haine,  celui de 2016 est la réforme par le débat,  dans le ton de l’hostilité. Les moyens étaient la violence physique et les destructions généralisées, ils se réduisent à la violence verbale et à la casse symbolique. Les pratiques des Cagoulards étaient  celles de la ségrégation, elles sont devenues celle de la participation. Leur idéologie était proche du fascisme italien. elle reste fidèle au socialisme français. Leurs troupes étaient constituées par des hommes inclus dans le système politique, elles le sont d’hommes et de femmes exclues du système. Enfin leur organisation reposait sur l’ordre paramilitaire secret, elle s’exprime dans le désordre libertaire public.

Donc, pas de panique, même si la cagoule subversive, celle qui camoufle le visage aux caméras des policiers, la même que celle défensive qui protège des gaz de la grenade lacrymogène font bon ménage, dans les manifestations et les saccages. A condition que l’une et l’autre ne nous empêchent pas d’y voir clair sur la suite.

Ceci dit, cette comparaison, qui n’est pas raison, entre Cagoulards et Cagoulés à plusieurs objets :

  • Montrer à quel point les Cagoulards Français des années 30 furent adaptés aux circonstances qui ont suivi, et comment les cagoulés des Zad et des places publiques ne disposent pas aujourd’hui, à vues humaines, de circonstances d’une égale barbarie.

 

  • Rappeler qu’il ne faut jamais apprécier une situation sur les seuls critères observés dans l’instant, pratique dominante chez les médias émotionnels. Et que ce que l’on affirmait en 1920 – la der des der – était devenu un mensonge, en 1930, après la crise de 1929, avec toutes les conséquences dramatiques sur les mouvements politiques existants.

 

  • Rappeler que la pureté des sentiments démocratiques exprimés par les mouvements libertaires non violents – tels le pacifisme français qui priva les républicains espagnols des moyens de défense face à la subversion du Franquisme aidé par le Nazisme naissant – ne suffit pas pour éviter la subversion et la perte des libertés.

 

  • Rappeler que le désordre démographique, climatique et économique du monde existe, qu’il peut générer des crises brutales et des besoins irrépressibles d’ordre, comme le montrent déjà les préférences données par certains pays à l’autorité sur la démocratie.

 

  • Rappeler aux démocrates qui célèbrent le Front populaire de 1936 à quel point il fut impuissant face à tous les effondrements accélérés d’un Peuple et d’une Nation saisis par la peur du désordre et les violences extérieures et intérieures qui l’ont assailli.

 

  • Faire prendre conscience que le désordre libertaire, si utile soit il à l’indispensable évolution de notre démocratie, mérite une réponse politique rapide, qui évite que, du fait des circonstances à venir qui se moqueraient des affirmations des méthodes du bon Docteur Coué, l’aventure naisse au bout de la rue, dans le drame.

 

Michel ROUGER

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