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Coupe du Monde de Football au Maroc 2026 : une géopolitique à affirmer, un peuple à mobiliser, une candidature à faire gagner

Coupe du Monde de Football au Maroc 2026

une géopolitique à affirmer, un peuple à mobiliser, une candidature à faire gagner


Comment est perçue en Europe cette candidature du Maroc pour la Coupe du Monde (CDM) 2026 ?

Vincent Chaudel : En dehors des liens forts entre la France et le Maroc, je crains malheureusement qu’en Europe et probablement dans beaucoup de pays, tout le monde pense et parle que de la Coupe du Monde 2018. Il y a très peu de débats qui se font autour de l’attribution de 2026, hormis peut-être sur le système de notation et les critères techniques retenus par la FIFA. En dehors de ces éléments, plus liés aux interrogations sur l’équité du process de décision, on a entendu parler pour la première fois de la candidature marocaine cet hiver, au moment de la CHAN (CHampionnat d’Afrique des Nations). Effectivement le Maroc (et son football), par l’importance de sa communauté en France, a été momentanément sur le devant de la scène médiatique, surtout après la qualification historique à la CDM 2018. Avec la victoire lors de la CHAN et cette candidature CDM 2026, le Maroc aurait certainement pu mobiliser plus massivement sa « diaspora ».

Quelles sont les chances et les atouts du dossier marocain ?

VC : Après l’affront de 2022, beaucoup d’observateurs voient la candidature Nord-Américaine. Néanmoins, selon moi, Il existe de vraies chances pour que le dossier marocain sorte vainqueur.

Tout d’abord, il y a au niveau des instances du football  le fameux sujet de « rotation » des continents. En 2010, c’était l’Afrique du Sud, premier pays du continent trop souvent oublié par les instances internationales. Il y avait déjà un très beau dossier « Maroc ». Aujourd’hui, a part le Maroc, il n’y a pas beaucoup d’autres pays en Afrique capable d’apporter à la fois la stabilité politique et à la fois des infrastructures pour accueillir cette compétition. Lors de la dernière décennie, il y a eut des rénovations de stades, permettant de répondre en grande partie au cahier des charges de la fédération internationale. Toujours dans cette idée de « rotation » des continents, l’axe majeur économique d’une Coupe du Monde de Football, c’est l’Europe via les droits TV européen et la position géographie du Maroc est favorable. Le pays est aligné sur le même fuseau horaire que les principaux marchés européens. C’est bien là un point très important, surtout vis-à-vis  de la candidature Nord-Américaine « Canada / Etats-Unis / Mexique » et son décalage horaire, véritable handicap pour les diffuseurs et annonceurs.

Autre point, dans toute candidature pour un grand événement comme la CDM de football ou des Jeux Olympiques, il y a toujours une dimension géopolitique et aujourd’hui il n’y a pas nécessairement un sentiment « pro Américain » partout dans le monde, avec un président des USA (Trump) si clivant.

On sent bien que les voix de l’Afrique vont se diriger vers la candidature du Maroc, mais où est-ce que le Maroc peut aller glaner d’autres voix ?

VC : En Europe probablement et en Asie également, mais en Amérique du Sud cela devrait être compliqué car les Américains savent y être influents.  Il y a un sujet important dans cette répartition des grands événements – notamment les JO – il y a un barycentre qui se trouve actuellement aux Etats-Unis, pour répondre aux souhaits des médias et annonceurs américains. Pour eux, des JO en dehors des Etats-Unis mais en Europe (H+6) ou en Asie comme au Japon (H-3), ça reste acceptable. Mais c’est un vrai problème pour les diffuseurs européens qui mettent beaucoup d’argent également dans les grands événements sportifs. Et c’est bien là le problème car en matière de JO, on vient de faire la Corée du Sud, on va avoir Tokyo en 2020 et Pékin en 2022. Donc les diffuseurs européens vont avoir mis beaucoup d’argent pour ne pas pouvoir réellement exploiter au maximum sur ces éléments-là. Du coup je pense que l’Europe va peser pour que la Coupe du Monde de Football 2026 ne soit pas trop éloignée en termes d’exploitations business. Donc oui, il y a bien des votes à aller chercher sur le continent européen.

En revanche, cela se prépare, j’imagine bien que la candidature marocaine travaille les fédérations votantes, mais elle pourrait aussi et, cela de ma position je ne l’ai pas encore vu, ni senti, elle devrait mobiliser la diaspora marocaine, parce que dans ces pays d’Europe (France, Angleterre,  Espagne …), la fierté et le soutien de cette diaspora pourraient être très importants. Peut être même que cette candidature pourrait obtenir le soutien des diasporas africaines de façon général. ET dans cette dernière ligne droite avant le vote, les porteurs de la candidature devraient probablement mobiliser ces populations expatriées via les réseaux sociaux.

Que pensez vous de la candidature Nord Américaine (Canada / Etats-Unis / Mexique) ?

VC : Je trouve fascinant qu’en matière de sport aussi, l’histoire bégaie et que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Au début des années 1980, les Etats-Unis avaient candidatés (avec le Canada) pour accueillir la Coupe du Monde de Football et c’était finalement le Mexique qui l’a eut. Consciente de l’importance de la dimension stratégique de ce territoire, la FIFA avait « corrigé » le tir en attribuant aux américains, l’organisation de la 15e compétition en 1994. Le récent FIFA-Gate leur ayant laissé le sentiment d’être lésés, ils « redemandent » pour 2026. Je pense que les Etats-Unis, tout comme le Maroc auront cette compétition dans les années à venir, mais quand ?

Les Etats-Unis ont un poids économique important et en s’associant au Canada et au Mexique, ils ont décuplé leurs moyens et réseaux de lobbying et si je me place du coté de la FIFA, il est intéressant d’avoir des candidatures multi-pays (ils l’ont déjà fait une fois avec le Japon et la Corée du Sud), car on se rend compte qu’aujourd’hui accueillir des grands événements, cela devient de plus en plus compliqué. Pour les Jeux Olympiques, on a pu constater que beaucoup de villes candidates ont « jetées l’éponge » car les populations ne voulaient pas suivre les décideurs politiques et l’endettement généré par ce type d’événement. Souhaitant éviter cette situation-là, la FIFA pourrait opter pour une candidature multi-pays réduisant ainsi le coût d’investissement. C’est aussi une façon de contenter plusieurs membres votants.

Il y a donc des atouts des 2 cotés, mais évidemment en étant francophone et avec la grande sympathie que j’ai pour le Maroc, et si je devais voter (ce que je ne peux pas faire) OUI je voterai pour le Maroc

Selon vous, quels seraient les impacts d’une CDM de Football au Maroc ? et sur le continent Africain ?

VC : Pour le pays – comme on l’a vu pour le Brésil par exemple – c’est clairement une opération de promotion non pas touristique parce que l’économie touristique marocaine existe est déjà développée, mais c’est une opération de « coming out » d’une ambition nationale du genre : « nous sommes un pays qui compte, un pays incontournable sur l’échiquier mondial ». A l’instar de l’organisation de la COP22, le dernier Woman Forum in Africa, le « club Afrique » et son forum qui y est tous les ans, une Coupe du Monde au Maroc aurait une répercussion dans toute l’Afrique. Comme le Maroc veut être une « plaque tournante » d’une façon générale pour l’Afrique, une telle compétition, c’est aller au-delà du continent, c’est afficher, s’affirmer une ambition sur la scène mondiale.

Sur quels outils le Maroc doit s’appuyer pour promouvoir sa candidature ? Vous avez parlé des réseaux sociaux notamment …

VC : Un vrai sujet. Quand on évoquait « plus d’Europe pour cette candidature » : honnêtement, moi je ne le vois pas ! Certes je m’intéresse au sujet, alors je vois bien quelques éléments mais il y a bien matière à faire mieux et plus. La force du « digital » est que l’on peut être réactif et rapidement mobiliser des populations bien ciblées.

Donc s’il y avait encore quelque chose à faire, c’est ce que je ferais, s’est m’appuyer sur la diaspora européenne qui jouent dans les clubs et font partie de la vie fédérale des pays pour rendre visible cette candidature auprès du plus grand nombre au travers et influencer les votants des différentes fédérations pour qu’ils aient le sentiment que la population de leur pays soutient cette candidature ; notamment parce que les horaires des matches seront « normaux » et non pas au milieu de la nuit … je pense que cela peut être un coup à faire !

Et concernant le fait que le Maroc est fait appel à un grand cabinet britannique qui est d’ailleurs à l’origine de la Candidature de Paris 2024, c’est un atout pour le Maroc ?

VC : Effectivement, la France a payé le « prix cher » pour apprendre car dans ce genre de candidature, il n’y a pas que la qualité du dossier qui compte. Dans le cas du Maroc, on l’a évoqué, les nouveaux stades, la dynamique sportive des Lions de l’Atlas (qualifiés pour la Coupe du Monde en Russie), la passion du foot et la ferveur populaire, le fait que le Maroc puisse organiser une CHAN, CAN et autres compétitions sans encombre, tous ces éléments font partie de la qualité du dossier marocain. Si un mauvais dossier n’a aucune chance de gagner, ce ne sont pas toujours les meilleurs dossiers qui l’emportent.

A dossier équivalent, c’est le meilleur lobbying (influences) qui rafle la mise. Et là-dessus sur le dossier des JO de Londres en 2012 clairement, les anglais en ont fait la démonstration, nous donnant une véritable leçon de stratégie. Pour Paris 2024, nous avons intégré cet enseignement et la candidature française s’est organisée en conséquence. Depuis 2012, il y a eut un autre élément que le lobbying qui a émergé : le poids social (et politique) des populations est entré en ligne de compte. Même pour le football, on voit bien ce phénomène apparaitre. N’arrivant pas à embarquer d’autres pays que la Turquie pour l’Euro 2020, L’UEFA a décidé d’organiser cette compétition dans 13 villes et non un seul pays hôte. Nous voyons bien que les instances ont bien plus de mal à obtenir des candidatures de pays ou de villes hôtes pour ce genre d’organisation. Sur ce point, de démontrer que la population marocaine a soif d’accueillir le monde est de toute évidence, un atout. Après il faut exercer beaucoup de « pédagogie » auprès des votants, les anglais savent très bien le faire,  en France aussi désormais.

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Philippe BRODA – Enseignant chercheur à l’école Novancia Business School –  Spécialiste des problématiques du Sport Business – la professionnalisation du sport à amener les athlètes et pays à utiliser les changements de nationalités pour exister, présenter des équipes aux diverses compétitions ou « mieux » performer dans la plus part des sports mondiaux (collectifs et individuels). Tous les pays du globe le pratique, chaque fédérations à sa façon de le réglementer mais avant tout la nationalité sportive est une question juridique et géopolitique 

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