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Noir, c’est (trop) noir.

Pendant que le préfet de Corse reçoit les manifestants revendiquant « l’arabe dehors », les Etats-Unis broient du noir.

C’est une enquête du Washington Post disponible en ligne pour commencer et commenter ce dernier lundi de l’année 2015 : ( enquête disponible en ligne ) . Des chiffres, non définitifs, qui font froid dans le dos lorsqu’on sait combien la communauté afro-américaine n’a malheureusement jamais vraiment quitté la rubrique des (tristes) faits divers. Il y a l’erreur. Puis jamais bien loin la terreur juste pour répondre et combattre la couleur. Des hommes et des femmes qu’on veut faire taire depuis des décennies juste parce que le son de leur voix nous est désagréable. Juste parce que leur histoire, dont beaucoup ont fait une force ou leur parcours nous est insupportable. Ou juste parce qu’on nous a souvent prédisposé à détester et à haïr comme pour mieux s’en éloigner les différences. Être noir aujourd’hui aux Etats-Unis, c’est devenu presqu’insurmontable.

Et c’est clairement être en danger de mort.

Il ne faut certes pas abuser et exagérer nous diront les analystes habituels. Mais il semblerait que l’année 2015 soit un insupportable retour en arrière pour une Nation dirigée par un homme noir américain que le peuple afro américain de tous les territoires, notamment les plus fragilisés du continent a soutenu et élevé au rang de chef de l’Etat de la première puissance économique mondiale et qui doit aujourd’hui, malgré le jeu politique être clair sur sa position car s’il est important de préparer son entrée, il est bien plus capital d’œuvrer à assurer une belle sortie de scène dont le monde se souviendra.

Ce warning matinal publié ce dimanche dans les pages du Washington Post est un rappel de ce que nous devons garder en mémoire. C’est un peu l’Histoire du monde basée sur des conquêtes de territoires que le sang qui a coulé a rendu plus fortes voire plus légitimes. Et cette année, c’est 965 victimes des balles de la police américaine que le Washington Post a dénombré. 965 de trop. Avec un scénario similaire à chaque fois, ou presque : un policier blanc tire sur un homme ou une femme noir(e) qu’il estime être un danger pour lui au moment de l’intervention et qu’il pense avoir vu ou cru armé. Ce scénario n’est pas celui des superproductions américaines avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Non, cette histoire est celle que les forces américaines, celles en charge de faire appliquer et respecter la justice écrivent chaque jour un peu plus. Avec cette encre indélébile qui va créer des soldats dont le front ne sera pas le sol irakien ou les routes de Kaboul mais les rues de Washington, Los Angeles ou encore Charleston. Tous ces jeunes gamins des quartiers afro défavorisés qui vont grandir avec cette idée, jamais réellement partie, qu’être noir aujourd’hui encore, c’est être un citoyen américain de seconde zone. Ces soldats se souviendront de ces histoires qu’on ne leur racontera pas à l’école mais dans leur famille impuissante face aux armes à feu qui dégainent plus vite que leur ombre. Bien trop vite pour leur ombre d’ailleurs.

Sur 65 agents inculpés, l’enquête révèlent que seuls 11 d’entre eux ont été condamnés.

« La loi Bush autorise les balles à tuer »

Plus tôt, en novembre 2014, c’est le jeune Tamir Rice, âgé de 12 ans, qui était abattu par des policiers restés dans leur voiture. L’enfant jouait dans un parc et brandissait un pistolet factice sans savoir que ce qu’il prenait pour un jeu amusant n’était rien d’autre qu’un arrêt de mort. S’en suivra une année d’émeutes aux Etats-Unis. Puis une information chassant l’autre, le monde à continué à avancer. En France, on s’est intéressé à l’élection de Miss France, aux chiffres du chômage et à la possible et inévitable percée du FN dans nos régions.

Dans le même temps, aux Etats-Unis : il y a la loi. Pas celle qui protège mais celle qui donne le droit de tuer. Elle a d’ailleurs abattu cette année, le jeune Trayvon Martin qui selon son tueur, patrouileur bénévole en Floride du nom de George Zimmerman et toujours non poursuivi pour ces faits, semblait « être un gars vraiment suspect ». Il a donc estimé qu’il était préférable de l’abattre, lui l’adolescent de 17 ans qui revenait du dépanneur avec un paquet de bonbons et un thé glacé dans la poche et qui rentrait rejoindre sa famille, à 20 mètres du lieu où il a été abattu par une balle de 9mm dans le dos. La loi Bush de 2005 «  Stand your ground » expliquera aux parents de la victime qu’il va être difficile de faire justice puisque précisément, l’auteur des faits entre dans son cadre « les gens armés n’ayant pas à tenter de fuir un affrontement avant d’utiliser leur arme et d’invoquer la légitime défense ». La police peut alors clore un dossier sans ouvrir d’enquête. Et clore donc le chapitre de toute une vie volée. Assassinée. Et celui par la même occasion d’une famille brisée.

Des voix se sont élevées à l’image du mouvement « Les vies noires comptent » mais elles ont vite été étouffées. Peut-être aurions-nous du mieux les entendre et mieux les comprendre ? Peut-être devrions-nous tous nous interroger et interroger nos décideurs : les vies noires comptent-elles ? Toutes les vies se valent-elles factuellement ? Sommes-nous réellement tous nés libres et égaux en droit ?

Pendant que les enfants afro-américains sont de plus en plus nombreux à tomber sous les balles dans leur quartier par ceux qui doivent les faire vivre en sécurité, en France, c’est en Corse que les tensions progressent. C’est en Corse qu’on veut abattre de l’arabe. Et faire justice soi-même. Voyons comment nos dirigeants prendront la main sur une histoire dont ils peuvent encore écrire la fin. Mais jusque quand ?

L’Écho des Arènes

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